LH67 - La LH des dramas

LH67 - La LH des dramas

Un cri du coeur

Il est dans la structure de la Lettre Hebdomadaire un poste invisibilisé, moqué, décrédibilisé : celui de relecteurice. Ce poste, c'est le mien. Oh, je répugne usuellement à ergoter sur mes petits problèmes : mais il me faut aujourd'hui sortir de mon silence. Non que mon aigreur ait débordé du vase de ma tolérance : mais je souhaite être l'étincelle qui met le feu aux poudres aux yeux dont les rédacteurices vous étouffent.

Toutes les semaines, vous lisez une nouvelle édition de la LH, des étoiles dans les yeux, et cela vous rassure sur les capacités littéraires du télécommien moyen. Croyez bien que je déteste faire voler en éclats vos illusions : mais les plus grandes qualités de plume des ayatollahs de la LH sont l'enthousiasme et l'invention avec lesquels iels massacrent l'orthographe française.

Par exemple, le LISEZ MOI*** de cette semaine, avant que je n'y jette un oeil, ressemblait (à peu de choses près) à ceci :

Rêvv est la Sion,traïzon ,drahma , meaur !!! !!! !!! !!N !!! Lécher fellah chèfeu delà elle hash son o santr deuh byun dai praeublaim !! !!ù ! !! Hantr à bendon è des zysteman faur c'est n,autreu èl ash é den deuh boh dra !!! !§! ! !! !!! A llaur, neauhtr tandré doué bdeaumadèr vahty-l s'onbré, mourrryrr uneuh nouvail foa ait tonbez dens leuplu preauphon dez oubly ??? :? hou dez geûn meautte y vé Sauron tyèl reuhle Véla pant est reupprandr leuphlen bau ?!?!!§NN??? !!! ??

Vous en riez : j'en pleure. Car de ce genre de baragouinage infernal je dois extraire un article en bonne et due forme. Si jamais la mienne n'est pas trop déplorable, de forme, je tente aussi de rendre ce texte agréable — ou du moins supportable, puisque malgré mon zèle cette première tâche est souvent impossible — pour quiconque croit encore à l'utilité de la grammaire comme outil de transmission en bonne intelligence. Pour ne rien vous cacher, j'y ai passé des heures**.

C'est chiant, me direz-vous.

C'est une souffrance sans cesse renouvelée, vous répondrai-je dans un soupir tragique où transparaîtront pêle-mêle l'essoufflement de ma foi en l'humanité, le dérisoire panache d'un vétilleur qui sait son combat inutile, les effluves du curry que j'ai dévoré ce midi, et une soif de sang vengeresse.

Oui, vengeance ! s'époumonent mes entraillles. Vengeance contre les perfides reptiles qui ont pris la direction de notre journal adoré en otage ! Vengeance contre celleux qui m'ont poussée au bout de mes forces pour corriger au moins une parution de notre journal (par pudeur, je tairai le nombre exact) jusqu'à ce que je fasse une brûlure dehors ! Et pensez-vous que, face à mon évidente détresse, iels aient changé quoi que ce soit à la cadence de sortie de leurs articles ? Bien sûr que non ! En l'absence de congés payés***, j'ai dû faire grève pour préserver les derniers lambeaux de ma santé mentale ! Pire encore : confrontæs à ma démobilisation, les rédacteurices ont décidé de verticaliser encore la hiérarchie étouffante de la LH. Car vous, lecteurices assidu.es, avez sans doute remarqué l'existence d'un relecteur en chef. Chef de qui ? Chef de moi. Je pensais me retrouver en butte à plus de pression : c'était mal connaître Pierre. J'ai pu continuer ma grève, tandis qu'il sacrifiait son temps, son corps et son âme à lutter contre l'analaphabétisme criant des rédacteurices.

Ce qui nous mène à sa disparition tragique, aujourd'hui même. Ne reculant devant aucun sacrifice, il a consenti à devenir le martyr de sa génération, pour que la voix des relecteurices porte plus loin et plus fort. Pierre, ce soir, nous t'avons pierdu : mais ton souvenir, radieux flambeau, saura rallier à notre cause les lecteurices !

D'ailleurs, êtes-vous ralliæs ? Vous voulez-vous que je vous explique plus avant les raisons de destituer ce comité de rédaction ?

Il y a la rédactrice des Télévoyages, qui portent bien leur nom puisqu'il faut prendre une année sabbatique pour tous les lire. J'ai demandé à ChatGPT de m'en faire un résumé, et il m'a répondu "déso frérot, c'est trop pour moi" !

Il y a le journaliste de TéléGuardian, que je surnomme affectueusement TéléOignon ou TéléSun eu égard à leur rigueur journalistique.

Il y a le rédacteur en chef, qui sacrifie la mission d'information du journal pour se mettre en valeur dans une propagande éhontée. Les mêmes, passent encore, quoiqu'on voie mal l'utilité de la duplication de Télécomique. Par contre, l'onanisme archéologique qu'est la minute du chat ! Tout le monde s'en tamponne le coquillard, mais il ne voudrait pas manquer l'occasion de parler d'un club dont il est le président et l'unique membre. C'est bien simple : tous ses articles sont à propos de lui.

Il rôde un complotiste aveugle et sourd, prêt à dénoncer toutes les conspirations, sauf celles qui existent bel et bien. Il paraît que Trump lui a proposé le poste de Premier Ministre, et qu'il a répondu "Un bonhomme orange dans une maison blanche ? Et il n'y a même pas de reptiliens ? Rappelez-moi quand vous saurez faire des histoires crédibles.".

Et bien évidemment, sur tout ce monde tombe toujours l'ombre de la figure népotique et stalinienne de l'ancien dictateur, qui a si bien instauré son culte de la personnalité que les membres de la LH l'appelent systématiquement (la voix tremblante) Nigoatlas ! Il revient parfois mystérieusement en des temps de guerre (de pixels) pour faire des heatmaps : une autre façon de dire "ça va chauffer !".

Je vous le dis fièrement, cela fait bientôt un an que je n'ai corrigé aucun article de la LH. Les évènements tragiques qui me poussent à sortir de mon silence n'ont fait que renforcer ma résolution. Tant que personne n'aura mis un coup (d'état) dans la figure du comité de rédaction, ma contestation continuera. Camarades, face à cette cette dictature, j'ai choisi de vous informer, honorant ainsi le but premier d'un journal. C'est le pourquoi de ce mot, qui aurait pu commencer ainsi si j'avais l'oreille musicale :

Monsieur le rédacteur,
Je vous écrit cette lettre
Que vous jetterez peut-être :
Vous n'avez pas de coeur...

Pour conserver l'universalité de ce cri de révolte et de liberté, je ne signerai pas. C'est le monde entier qui vous fait un pied de nez, infâmes rédacteurices !

*Je tenais à soutenir, à mon échelle, l'action du BDE luttant pour que la préciosité de notre grande et belle langue ne soit pas contaminée par des ignominies issues du sein de la perfide Albion. Boutons hors de la terre de la sainte baguette ces maudits angliscismes !

**Au moins deux sur un an et demi, ce qui justifie amplement mon usage du pluriel.

*Voir . Et puis, j'aime cette formulation à la Alice au Pays des Merveilles.*

*La trésorerie de la LH finit immanquablement par disparaître, au milieu de transactions obscures dont le bénéfice reste flou.*